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Le Pierrou

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Le pierrou (Récit d'Alain Kervran, mai 2001)
 Sa Majesté ... la cuisinière
La maison de mémère Cros possédait une bonne grosse cuisinière bois-charbon installée dans la vaste cheminée de la pièce faisant office de salle de séjour ou de cuisine, en fonction du moment de la journée. Été comme hiver, la cuisinière était en fonctionnement avec une bouilloire toujours prête à fournir de l'eau chaude. De toute évidence, la cuisinière était l'appareil le plus important de la maison et l'objet de toute l'attention de notre grand mère. Le matin, avant même de faire sa toilette ou de s'habiller, la cuisinière était sa première occupation avec un rituel immuable. Elle ouvrait la porte du foyer et faisait tomber les cendres dans le cendrier, puis avec le pique-feu, elle déplaçait les ronds en fonte au-dessus du foyer pour remettre un peu de papier journal et quelques bûches. Lorsque les braises faisaient défaut, elle craquait une allumette et quelques instant plus tard une flamme claire sortait du foyer. Prestement elle ajoutait du bois, ouvrait le tirage placé sur le tuyau de cheminée, remettait les ronds en fonte et refermait la porte du foyer. La journée pouvait commencer ...

 Les petits bûcherons
L'été, période de vacances pour les petits-enfants, la cuisinière avait une multitude de fonctions que le réchaud à gaz n'a jamais pu supplanter : chauffer lait et café du petit-déjeuner, grille-pain pour dorer les tartines, plaque de cuisson pour mijoter et cuire, four pour préparer volailles, rôtis ou gigots et parfois même incinérateur de déchets combustibles. Lorsque le temps était à la pluie, elle devenait sèche-linge et acceptait même nos chaussures trempées, bourrées de papier journal, sur la porte ouverte du four du bas abritant habituellement un objet mystérieux, le pierrou. Le soir, avec le retour de la fraîcheur, la cuisinière diffusait dans la pièce une douce chaleur qui participait à l'ambiance des parties de coinchée. Dernier acte tout aussi immuable avant le coucher, mémère Cros remettait des bûches dans le foyer et diminuait le tirage de manière à ce que le feu couve toute la nuit et garde jusqu'au lendemain quelques braises. Comme toutes ses consœurs, la cuisinière avait besoin de carburant pour fonctionner et le bois fut le sien très longtemps. Au début de l'été, mémère Cros se faisait livrer plusieurs stères de chêne et de châtaignier et, lorsque " les garçons " arrivaient en vacances, la seule tâche " digne d'eux " aux yeux de la grand mère, était de scier au chevalet les troncs en quatre rondins, de les fendre à la hache puis de ranger les bûches dans la cave contre le mur du soupirail. Nous nous acquittions de cette activité avec plaisir car c'était une des rares occasions de nous rendre utile à la maison.

 Le pierrou était emmailloté ...
Pendant les autres saisons, la cuisinière avait un rôle supplémentaire et essentiel pour les habitants de la maison. C'était en effet la seule source de chaleur et le chauffage des pièces dépendait de son bon fonctionnement. Le maintien de la température dans la chambre jouxtant la salle de séjour était assuré par la porte toujours ouverte séparant les deux pièces. Dormir dans cette chambre pendant la mauvaise saison était un avantage certain et recherché. La seconde chambre, de par sa position, ne pouvait pas recevoir le moindre courant d'air chaud en provenance de la cuisinière. Cette chambre, et les deux lits qu'elle contenait, étaient par temps froid aussi chauds qu'un frigidaire. Afin de nous faire accepter cet exil nocturne glacé, mémère Cros sortait son arme secrète, le pierrou, véritable émanation du feu et prolongement de la chaleur dispensée par la cuisinière. Le pierrou était un gros galet oblong, noir, lisse et luisant dont l'origine volcanique le prédisposait à assumer la fonction que mémère Cros lui avait assignée. Le jour, il reposait dans le four du bas de la cuisinière où au fil des heures, il absorbait la chaleur. Le soir venu, le pierrou était emmailloté dans un gros bas de laine qu'elle allait placer entre les draps glacés du lit où il diffusait la chaleur emmagasinée pendant la journée. Lorsque nous allions enfin nous coucher, c'était avec délice que nous posions nos pieds gelés sur cette boule chaude avant de nous endormir sous les couvertures.


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