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Corrida dans le devès

Vous qui êtes aux cieux ...  |  Pourquoi la Martinique ? Franck  |  Corrida dans le devès

Récit de tonton Jean, mai 2002

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 Mémère Cros, bien calée dans son fauteuil ...
C'était la fin de l'après-midi et bientôt la fin des grandes vacances. 
     La journée avait été chaude et lourde. Les épais volets de bois étaient entrouverts et, dans la maison,  la pénombre donnait l'illusion de la fraîcheur. 
     Au milieu de la cuisine, au-dessus de la table, le papier collant accroché à l'abat-jour se déroulait, garni de nombreuses mouches engluées dans des positions bizarres. Dans un dernier sursaut d'énergie, elles remuaient leurs ailes avec tant de rapidité, que le silence de la cuisine était troublé par le bourdonnement de leur désespoir. 
     Mémère Cros, bien calée dans son fauteuil près de la fenêtre, essayait depuis longtemps déjà de s'endormir, mais en vain. Oh, ce n'était pas les mouches agonisantes qui l'en empêchaient, mais ses petits enfants dans la cour, sous les tilleuls, jouant et se disputant à qui mieux mieux. Il faut dire qu'ils étaient cinq : trois Kervran, Yves, Anne-Marie et Alain, et deux Picart, Jean-Claude et Joël. Avec leur jeune âge, cela ne pouvait faire que du bruit ! 
     De temps en temps, depuis la fenêtre, Mémère Cros demandait : " Et vous n'allez pas à l'étang aujourd'hui ? " Rien à faire. Personne n'en avait envie et le supplice de la pauvre mémé risquait de durer encore longtemps...

 ...pêcher le vairon dans le ruisseau du Bouyssou
Alors tonton Jean suggéra d'aller pêcher le vairon dans le ruisseau du Bouyssou, proposition adoptée à la plus grande joie de tous "On allait pouvoir se rafraîchir en patouillant, sans compter qu'une omelette aux œufs des poules de mémère et aux vairons, c'est drôlement bon !". 
     Quelques cannes à pêche, de tailles variables, parfois faites avec des branches de noisetier, longues et flexibles, furent réunies. Il n'y en avait pas autant que de pêcheurs mais en se les prêtant, tout le monde participerait, y compris la chienne Ketty, à sa façon, qui avait compris que l'on allait enfin se promener...Quelques vers furent vite déterrés avec une fourche près d'un tas de fumier du jardin, mis, avec un peu de terre, dans une boite de conserves qui traînait au pied du perron et l'expédition s'ébranla, à la plus grande satisfaction de Mémère Cros. Enfin, elle allait pouvoir se reposer. 
     Tonton Jean décida de commencer par le moulin de Peyrufe. On remonterait jusqu'au moulin du Bouyssou par le bas du devès de Castagné, l'aubergiste. 
     Pour les non-initiés, les devès sont des pâturages, garnis de toutes sortes d'herbes avec beaucoup d'ajoncs, en pente en général, que l'on ne peut pas faucher, mais qui servent à garder les petits troupeaux, sans surveillance, parqués entre des haies vives ou des murets de pierre. 
     La partie de pêche se déroulait très bien, la chienne Ketty toujours en tête. De temps en temps, un enfant sortait de l'eau un malheureux vairon suicidaire. La pêche était, il faut le dire, assez difficile. L'eau était très basse et très claire, à cette époque de l'année, et la troupe faisait beaucoup de bruit !

 Ketty, aussi, avait traversé le ruisseau ...
Mais qu'importe, on s'amusait bien ! On arriva enfin au devès de Castagné, là où le ruisseau est plus large avec quelques petites plages et quelques nappes plus profondes, encaissées entre de hauts talus. Tout le monde était très attentif et absorbé. L'endroit était idéal pour espérer une bonne friture. 
     Personne n'avait remarqué qu'en haut du devès, sous les arbres longeant la petite route menant au bourg, le troupeau de Castagné s'était mis à l'ombre. Les pêcheurs n'avaient rien vu, hypnotisés par l'eau et les poissons. 
     Tout à coup on entendit un bruit énorme, comme le grondement d'une charge de cavalerie dévalant le pré à toute vitesse, qui se rapporchait de plus en plus. La fautive était la chienne, Ketty. Elle avait dérangé les jeunes vaches du troupeau en s'étant trop approchée. Ketty courait,, poursuivie par les vachettes, et n'avait rien trouvé de mieux que de se réfugier entre les jambes de tonton Jean et des cinq gamins collés contre lui ! 
     Pendant que les enfants, dans un instinct de survie, sautaient tous dans le ruisseau, tonton Jean, avec sa longue gaule, faisait de grands moulinets pour intimider les fauves et, enfin, les voir s'arrêter, car Ketty, aussi, avait traversé le ruisseau ! 
     Il n'y eut ni morts, ni blessés, mais quelle frayeur ! 
     En rentrant à la maison, les enfants, encore très excités, avaient assailli mémère Cros pour lui raconter l'événement qui fut baptisé "La corrida du devès de Castagné".

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